Le darija, et vos enfants
Le darija est la langue de la maison pour des centaines de milliers de familles en France, en Belgique et au Québec. Voici ce qu'il est, ce qu'il n'est pas, et comment le faire entendre à un enfant qui grandit ici.
Le darija est de l'arabe
C'est la question qui revient le plus souvent, et elle mérite une réponse nette : oui, le darija est de l'arabe. Ce n'est pas un patois, ce n'est pas de l'arabe abîmé, et ce n'est pas une langue séparée que quelqu'un aurait fabriquée en chemin. C'est l'arabe tel qu'il se parle au Maghreb, avec sa grammaire, ses règles et ses millions de locuteurs.
Ce qui déroute, c'est que l'arabe est une langue écrite et plusieurs langues parlées. Un enfant à Casablanca et un enfant à Beyrouth lisent le même journal et ne se comprennent pas toujours quand ils parlent. Le darija est l'une de ces langues parlées. L'arabe littéraire est l'écrite. Aucune des deux n'est la version dégradée de l'autre.
Le darija a pris au berbère, à l'espagnol et au français, et il en est fier plutôt que gêné : la khizana, la tabla, le tomobil. Toutes les langues vivantes font cela. L'anglais a pris la moitié de son vocabulaire au français et personne ne lui demande de s'excuser.
Marocain et algérien : deux dialectes, pas un
On dit souvent « le darija » comme s'il n'y en avait qu'un. En pratique, le darija marocain et le darija algérien sont deux dialectes distincts, et les familles concernées le savent très bien. Ils se ressemblent beaucoup plus entre eux qu'avec l'égyptien ou le libanais, et ils ne se confondent pas.
Le vocabulaire quotidien diffère sur les mots que l'on dit cent fois par jour. Une tomate est matisha au Maroc et tamatich en Algérie. Un vélo est bchklita d'un côté, bisiklit de l'autre. Ce sont exactement les mots qu'un enfant de deux ans apprend en premier, et c'est là que le choix du dialecte se voit.
L'accent et le rythme diffèrent aussi. Le marocain réduit les voyelles brèves plus loin que l'algérien, ce qui produit des groupes de consonnes que les locuteurs d'autres régions trouvent difficiles et que les enfants du pays produisent sans y penser.
Dans PopPond, ce sont deux dialectes séparés, avec deux voix séparées. Un mot marocain est enregistré par une personne du Maroc, un mot algérien par une personne d'Algérie. Rien n'est adapté depuis l'autre.
L'écriture, et pourquoi les chiffres
Sur les téléphones, le darija s'écrit souvent en lettres latines avec des chiffres pour les sons que le français n'a pas : 7 pour le ḥ, 3 pour le ʿayn, 9 pour le q. C'est une convention de messagerie, pratique et parfaitement légitime entre adultes.
Un enfant de deux à six ans n'écrit pas encore, et l'alphabet arabe viendra plus tard. Sur ce site, les mots sont donc donnés en écriture arabe et en transcription latine simple, sans chiffres, parce que ce qui compte à cet âge est le son.
Le darija et l'arabe littéraire, ensemble
Beaucoup de parents pensent devoir choisir. L'école, l'école arabe du samedi ou le cours de Coran enseignent l'arabe littéraire, et le darija de la maison passerait alors pour une distraction.
L'ordre naturel est l'inverse. Un enfant apprend d'abord à parler, ensuite à lire. Le darija est la langue qu'il entend au téléphone avec sa grand-mère, dans la cuisine, au bled l'été. C'est celle qui lui donne une raison d'ouvrir la bouche. L'arabe littéraire arrive ensuite, avec l'écrit, et arrive plus facilement chez un enfant qui a déjà des centaines de mots arabes dans l'oreille.
PopPond contient les deux. L'arabe littéraire est l'un des sept dialectes de l'application, et vous pouvez passer de l'un à l'autre à tout moment, même au milieu d'un livre.
Aller plus loin
- L'arabe marocain dans PopPond : mots et enregistrements
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- Transmettre le darija quand on ne le parle pas parfaitement
- Arabe littéraire ou darija : par lequel commencer
- Questions fréquentes
- L'abonnement
Sept dialectes. Une application.
Chaque mot photographié et enregistré par un locuteur natif, dans les sept.
